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DANAE : les trois drones retenus pour protéger les ports et escorter les navires

Semi-rigide NEMEZIS de SeaOwl équipé de capteurs, en navigation

Le 8 octobre 2026, l’Agence de l’innovation de défense (AID) a publié le nom des trois équipes industrielles retenues pour la suite du projet DANAE, acronyme de « Drone de surface Autonome Naval avec capacité d’Armement Embarqué ». Il s’agit de SeaOwl, du groupement formé par SEAir, ÆGIR, MBDA et Diades Marine, et du groupement formé par SIREHNA, Couach et Naval Group. Leurs drones respectifs, le NEMEZIS, le Flying USV et le Seaquest S, entrent dans une phase de développement et d’évaluation. Cette sélection ne vaut pas adoption au titre de DANAE : une seule solution doit être choisie à l’issue de cette deuxième phase.

NEMEZIS de SeaOwl. Photo : © SeaOwl.

Les photos des trois drones publiées par l’AID permettent de comparer leurs plateformes.

Un drone de surface pour protéger les ports et escorter les navires

DANAE est un partenariat d’innovation piloté par l’AID et la Marine nationale, avec l’appui technique du centre d’expertise et d’essais DGA Techniques navales (DGA TN). Le besoin exprimé porte sur deux missions : la protection portuaire, d’une emprise militaire ou civile, et l’escorte de navires.

Dans sa présentation de février 2026, l’AID associait l’escorte à un armement létal et la protection portuaire à un armement non létal. Le système doit pouvoir traiter des embarcations de moins de 20 mètres au moyen d’un système d’armes déporté, la décision finale restant à un opérateur humain. Le communiqué d’octobre répète ce principe : l’autonomie recherchée porte sur la navigation, la détection et la classification des menaces, pas sur la décision de neutralisation.

Le contexte explique cette priorité. L’AID mentionne « l’essor des embarcations dronisées » parmi les évolutions qui obligent à repenser la sécurité des navires et des ports. La protection d’une base navale ou d’un bâtiment au mouillage doit tenir compte de ces menaces de surface. Un drone capable de patrouiller, d’identifier un contact et de s’interposer sans exposer un équipage répond à ce problème, à condition de tenir la mer assez longtemps et de ne pas multiplier les opérateurs.

Ce besoin est différent de celui de la guerre des mines. Le programme franco-britannique SLAMF, dont la Marine nationale a reçu le drone de surface Rigel en octobre 2025, sert à détecter et neutraliser des mines à distance. DANAE concerne la défense rapprochée face à des menaces de surface, avec une logique d’effecteurs et de contrôle humain de l’emploi de la force.

Sept candidats évalués près de Toulon en janvier 2026

La première phase s’est déroulée du 19 au 23 janvier 2026 au sud de la presqu’île de Saint-Mandrier, près de Toulon. La DGA, avec la Marine nationale et l’AID, y a évalué sept drones proposés par des industriels français : Exail, Keys4Sea (associé à Safran), Marine Tech, SeaOwl, SEAir, SIREHNA et Thales. Les critères annoncés étaient la navigation, l’endurance et l’autonomie décisionnelle, hors fonction de décision de neutralisation.

Les conditions n’ont pas été faciles. Jean-François Thomas, responsable de DANAE à l’AID, évoquait en février des « conditions météorologiques peu favorables » qui ont « mis à rude épreuve » drones et équipes. Le site spécialisé Naval News rapporte des creux de trois mètres et des casses de matériel pendant la semaine d’essais.

Selon l’AID, les trois équipes retenues ont présenté « les solutions innovantes les plus abouties au regard des critères de sélection, notamment en matière de performances de navigation, d’endurance et d’autonomie décisionnelle ».

Flying USV : le pari des foils (SEAir, ÆGIR, MBDA, Diades Marine)

Le drone du groupement ORCAS, dont SEAir est le plateformiste et l’intégrateur, est le seul des candidats à naviguer sur foils. Ces ailes immergées soulèvent la coque à partir d’une certaine vitesse et réduisent la traînée. L’AID le présente comme un Flying USV multi-missions, embarquable sur frégate, destiné à des opérations offensives et défensives au sein d’une force navale ainsi qu’à la protection de sites portuaires et maritimes.

Ses arguments, tels que formulés par l’AID et SEAir, tiennent à l’autonomie, à la vitesse, à la discrétion et à la stabilité des capteurs et des armes par mer formée. SEAir, entreprise française spécialisée dans les hydrofoils rétractables, revendique pour ses plateformes une économie de carburant de 50 % et une distance franchissable doublée. Ces chiffres concernent sa gamme en général ; les sources consultées ne permettent pas de les attribuer à la configuration DANAE qui sera évaluée en phase 2.

Avant la sélection, Naval News détaillait la répartition des rôles au sein du groupement : ÆGIR pour le système de commandement et de contrôle, Diades Marine pour le radar et la fusion de données. Le rôle de MBDA n’est pas précisé dans les sources consultées.

NEMEZIS : une embarcation de la Marine qui peut devenir drone (SeaOwl)

Le NEMEZIS part d’une logique différente. Au lieu d’une coque nouvelle, SeaOwl transforme une embarcation déjà connue des marins : l’EDO 4G (embarcation de drome opérationnelle) de la Marine nationale, un semi-rigide.

Sa particularité tient à son architecture double mode, habitée ou autonome. Le même bateau peut garder ses usages habituels avec un équipage, puis servir de drone pour la patrouille et la surveillance. Selon l’AID, l’embarcation est équipée d’une suite de capteurs et d’une tourelle de dissuasion non létale pour des missions de jour comme de nuit : patrouille, surveillance de zone, escorte et protection d’infrastructures ou de navires. L’AID souligne aussi la possibilité, pour un seul opérateur, de conduire un drone ou une meute de drones.

Le double mode permet d’envisager la dronisation d’une embarcation déjà utilisée à bord. Les sources consultées ne précisent pas les adaptations nécessaires à chaque navire ni les caractéristiques chiffrées de la version DANAE.

Seaquest S : le candidat le plus documenté (SIREHNA, Couach, Naval Group)

Le Seaquest S est le premier drone de surface de la gamme Seaquest, conçue par Naval Group via sa filiale SIREHNA et construite avec le chantier Couach de Gujan-Mestras. Le premier exemplaire a été mis à l’eau en juillet 2024, avant une présentation publique au salon Euronaval en novembre de la même année. D’après Mer et Marine, il a réalisé en octobre 2024 des essais d’embarquement depuis une frégate multi-missions (FREMM) au large de Toulon.

SIREHNA publie les caractéristiques suivantes pour la version Seaquest S 930 :

  • longueur de 9,30 m et largeur de 2,90 m, pour une masse inférieure à 6 tonnes ;
  • propulsion par hydrojet, puissance annoncée de 350 hp et vitesse maximale de 35 nœuds ;
  • autonomie annoncée de 220 nautiques, jusqu’à 530 selon le profil d’emploi ;
  • navigation jusqu’à l’état de mer 5 ; lancement et récupération automatiques annoncés jusqu’à l’état de mer 3.

Ce gabarit est proche de celui des grands semi-rigides que les frégates françaises embarquent déjà dans leurs niches, comme l’embarcation commando ECUME. Le drone a aussi été mis en œuvre depuis un bâtiment de soutien et d’assistance métropolitain lors des exercices de l’OTAN Task Force X en Baltique, en juin 2025, puis REPMUS au Portugal, en septembre 2025.

Le président de SIREHNA, Vincent Vivarès, déclarait en janvier 2026 à Mer et Marine considérer le produit comme « mature et prêt à être vendu et produit en série ». C’est une position d’industriel : la configuration retenue pour DANAE, ses capteurs et son armement éventuel dépendront de la phase 2.

Ce qui distingue les trois finalistes

Les trois choix techniques ne répondent pas de la même manière au besoin de la Marine :

  • le Flying USV mise sur la vitesse et le comportement à la mer grâce aux foils, avec une technologie plus rare dans ce segment ;
  • le NEMEZIS privilégie l’intégration dans l’existant, en donnant une seconde fonction à une embarcation déjà en service ;
  • le Seaquest S est un drone conçu dès l’origine sans équipage, déjà essayé depuis une FREMM et lors d’exercices de l’OTAN.

Il serait prématuré d’en tirer un favori. Les essais de janvier ne mesuraient pas la fonction de neutralisation, et la phase 2 doit précisément compléter le développement des prototypes. Les questions que Naval News jugeait déterminantes après les essais restent ouvertes : fiabilité, maintenabilité, intégration des capteurs avec le système de commandement, robustesse des équipements montés en hauteur par mer forte.

Les prochaines étapes : prototypes, puis un seul vainqueur

Le calendrier publié par l’AID comporte trois phases :

  1. expérimentation de sept drones existants et sélection de trois systèmes, lancée en janvier 2026, dont le résultat a été publié le 8 octobre 2026 ;
  2. de septembre 2026 à fin 2027, développement des prototypes et évaluation des trois solutions par l’AID et la Marine nationale, avec les experts et moyens de DGA TN, afin de retenir la plus adaptée ; les partenaires disposent de 12 mois pour améliorer leur drone ;
  3. lancement de la production en série, mise en service et soutien initial de la seule solution retenue.

Le volume de cette future commande n’a pas été annoncé par l’AID. En mai 2026, Naval News évoquait un engagement portant sur au moins une douzaine de systèmes, drones et systèmes de commandement compris. Ce volume reste une indication de presse, absente des communiqués officiels consultés.

Une autonomie supervisée

DANAE illustre une méthode d’acquisition plus rapide : partir de drones existants, souvent issus de PME, les confronter à la mer, puis financer le développement des plus aboutis avant une production en série. L’AID présente aussi le projet comme un levier d’autonomie stratégique dans les drones de surface autonomes, un secteur où les trois finalistes sont français.

Le point le plus sensible reste l’armement. Le projet affiche clairement le principe d’une décision humaine pour neutraliser une menace, une question qui traverse plus largement le débat sur l’intelligence artificielle dans la stratégie militaire. La manière dont ce contrôle sera garanti en pratique, sur un drone qui navigue et classe seul les contacts, sera l’un des enjeux de la phase 2. Les effecteurs étudiés comptent aussi : les sources de 2026 évoquent d’abord des moyens non létaux, l’armement létal étant attendu pour l’escorte. D’autres marines testent des solutions différentes contre les petites menaces, comme l’arme laser navale essayée par la Bundeswehr.

Le choix final devra départager une plateforme à foils, la dronisation d’une embarcation existante et un drone conçu sans équipage dès l’origine. L’échéance de fin 2027 concerne le développement et l’évaluation : le communiqué d’octobre ne fixe ni date de mise en service ni volume de commande de série.

Sources

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