Le gouvernement canadien vient d’annoncer une avancée majeure dans le cadre du Programme de sous-marins canadiens de patrouille (PSCP). Ottawa a désigné deux fournisseurs qualifiés pour la prochaine flotte de sous-marins de la Marine royale canadienne : l’Allemand Thyssen Krupp Marine Systems (TKMS) et le Coréen Hanwha Ocean Co., Ltd.
Pourquoi de nouveaux sous-marins ?
Le Canada possède le littoral le plus long du monde et une position géographique stratégique bordée par trois océans. Sa souveraineté, notamment dans l’Arctique, dépend de sa capacité à surveiller et défendre ses eaux. Les sous-marins sont des plateformes clés car ils combinent furtivité, persistance et puissance de frappe. Ils permettent de détecter, suivre et dissuader des menaces, mais aussi de projeter la puissance canadienne en coopération avec des alliés comme l’OTAN.
Or, la flotte actuelle, composée des sous-marins de classe Victoria achetés d’occasion au Royaume-Uni en 1998, montre ses limites. Mis en service entre 2000 et 2003 (le dernier seulement en 2015 après un incendie), ces bâtiments resteront opérationnels jusqu’au milieu ou à la fin des années 2030. Le Canada ne peut donc pas se permettre une rupture capacitaire.
Le PSCP : un projet générationnel
Lancé en 2021, le PSCP vise à doter la Marine royale canadienne d’une flotte pouvant compter jusqu’à 12 sous-marins. Le premier bâtiment est attendu d’ici 2035 pour assurer la transition sans faille avec la classe Victoria. Les ambitions sont claires : renforcer la souveraineté, protéger le territoire et participer activement à la sécurité internationale.
Les prochains sous-marins devront être capables d’opérer en milieu arctique, avec une autonomie accrue et une endurance adaptée aux longues patrouilles. Cette exigence reflète l’importance stratégique croissante de l’Arctique, où la fonte des glaces ouvre de nouvelles routes maritimes et accroît les tensions entre grandes puissances.
Deux candidats retenus
Après une demande de renseignements en 2024-2025 qui a suscité 25 réponses, le gouvernement a retenu deux fournisseurs capables de répondre aux besoins canadiens :
– TKMS (Allemagne) : l’un des leaders mondiaux dans la construction de sous-marins conventionnels, notamment la famille des Type 212/214, réputée pour sa propulsion anaérobie (AIP) et sa furtivité. L’Allemagne a une longue tradition d’exportation de sous-marins en Europe et en Asie.
– Hanwha Ocean (Corée du Sud) : acteur majeur en pleine expansion, héritier de Daewoo Shipbuilding & Marine Engineering. Hanwha a conçu des modèles modernes comme le KSS-III, intégrant aussi des systèmes AIP et une forte autonomie. La Corée du Sud développe également des capacités de construction de grande série et maîtrise la technologie des sous-marins océaniques.
Des retombées pour l’industrie canadienne
Le gouvernement insiste sur la dimension économique du projet. Outre la défense, il s’agit d’une opportunité pour l’industrie maritime et de défense canadienne. Ottawa compte imposer aux fournisseurs des obligations de retombées industrielles et technologiques, en créant des emplois qualifiés et en stimulant l’économie sur plusieurs décennies.
Les consultations qui vont s’engager avec TKMS et Hanwha devront préciser les transferts de savoir-faire, l’implication des chantiers navals et l’intégration de partenaires locaux. Le PSCP est présenté comme un projet « générationnel », à l’image des programmes de frégates de défense canadienne déjà en cours.

Un signal stratégique
Avec cette annonce, Ottawa envoie un message clair : le Canada veut maintenir une capacité sous-marine crédible et renforcer son rôle parmi les alliés. Dans un contexte où la Russie et la Chine modernisent leurs propres flottes, la dissuasion et la surveillance sous-marines sont plus que jamais nécessaires.
Le Canada mise donc sur une coopération renforcée avec des partenaires internationaux, tout en développant son autonomie industrielle. Le défi sera double : respecter les échéances pour une première livraison d’ici 2035 et maximiser les bénéfices économiques pour le pays.
Conclusion
La qualification de TKMS et Hanwha constitue une étape clé du Programme de sous-marins canadiens de patrouille. La Marine royale canadienne se prépare à franchir un cap majeur, en modernisant une composante essentielle de sa flotte. Au-delà des enjeux militaires, ce projet illustre la volonté d’Ottawa d’affirmer sa souveraineté dans l’Arctique et de s’imposer comme un acteur fiable et durable de la sécurité maritime internationale.







