Vous qui lisez ces lignes, vous avez peut-être déjà lu un autre article sur ce site, et si vous regardez le nom de domaine, vous verrez « interarmees.fr ». Mais savez-vous exactement ce que recouvre ce qualificatif ? On fait le point dans cette nouvelle entrée de notre codex !
Un concept clé des armées modernes
Le mot « interarmées » est aujourd’hui omniprésent dans le vocabulaire militaire français et international. Mais derrière ce terme se cache une réalité complexe et incontournable : la coopération entre différentes armées (Terre, Air, Marine, Espace, Cyber) pour conduire une action coordonnée. Autrement dit, une opération interarmées mobilise plusieurs composantes des forces armées pour atteindre un objectif militaire commun.
Ce concept n’est pas propre à la France. Il est universel. Les États-Unis parlent de « Joint Operations« , l’OTAN de « Joint Forces« . Dans tous les cas, il s’agit de penser la guerre et la sécurité au-delà de la spécialisation de chaque arme, en intégrant leurs complémentarités.
Pourquoi l’interarmées est devenu indispensable
Au cours du XXe siècle, les conflits ont montré que l’emploi isolé d’une armée avait ses limites. La Seconde Guerre mondiale en est l’exemple le plus marquant : les opérations amphibies comme le débarquement de Normandie (1944) n’ont été possibles que grâce à une étroite coopération entre la Marine, l’Armée de Terre et l’Aviation. Depuis, cette logique n’a cessé de se renforcer.
La guerre moderne se caractérise par sa complexité : multiplication des menaces, instantanéité de l’information, précision accrue des armes. Dans ce contexte, aucune armée ne peut prétendre agir seule de manière efficace. L’interarmées n’est plus une option, mais une nécessité opérationnelle.
Chaque nouveau conflit soit l’arrivée de nouvelles techniques, la disparition de méthodes obsolètes, parfois la résurgence d’anciennes techniques que l’on croyaient révolues. Si l’on tire les enseignements du conflit russo-ukrainien pour ne citer que lui, nous pourrions évoquer notamment l’arrivée massive du drone « FPV » sur le champs de bataille dans les nouvelles techniques de combat, ou par exemple le retour des combats de tranchée, que l’on ne pensait pas revoir après la Première Guerre Mondiale.

Les acteurs de l’interarmées en France
En France, les forces armées sont organisées autour de plusieurs composantes :
- L’Armée de Terre, avec ses brigades mécanisées, parachutistes, blindées ou de montagne.
- La Marine nationale, qui assure la maîtrise des mers, la projection de forces depuis la mer et la dissuasion nucléaire avec ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE).
- L’Armée de l’Air et de l’Espace, responsable de la supériorité aérienne, de la défense sol-air et des opérations spatiales.
- Les forces spéciales, capables d’intervenir rapidement dans des contextes complexes et souvent en interarmées par nature.
- Les forces cyber et le renseignement, désormais intégrées comme éléments essentiels du dispositif.
Le commandement interarmées est incarné par l’État-major des armées (EMA), sous l’autorité du Chef d’état-major des armées (CEMA). Cet organe central garantit la cohérence et la coordination de l’ensemble des moyens militaires français.
Des opérations interarmées concrètes
La France a largement expérimenté le concept d’interarmées lors de ses opérations extérieures. Prenons l’exemple du Mali en 2013 (opération Serval, puis Barkhane). Le déploiement a mobilisé des avions de transport stratégique pour projeter rapidement les troupes, des hélicoptères pour les appuyer au sol, des drones pour la reconnaissance, et la Marine pour assurer la logistique et la couverture des approvisionnements. Sur le terrain, l’Armée de Terre a mené des combats directs, soutenue par l’aviation de chasse pour des frappes ciblées.
Autre illustration : les missions de lutte contre la piraterie dans l’océan Indien. Elles combinent la surveillance aérienne, la présence navale, le déploiement d’équipes terrestres ou embarquées, le renseignement satellitaire. Chaque composante joue un rôle, et seule leur combinaison garantit le succès.
Interarmées et multinational : un pas de plus
Il ne faut pas confondre « interarmées » et « multinational ». Le premier concerne la coopération entre différentes armées d’un même pays. Le second implique plusieurs nations. Cependant, dans les faits, les deux concepts s’entrecroisent. L’OTAN en est l’exemple le plus emblématique : ses opérations combinent à la fois l’interarmées et le multinational.
Ainsi, une mission de l’OTAN en mer Méditerranée peut mobiliser un groupe aéronaval français, une frégate espagnole, des avions américains et des forces spéciales italiennes. La difficulté est alors de coordonner non seulement les différentes armées, mais aussi les cultures militaires, les langues, les doctrines et les règles d’engagement. Ces opérations sont d’ailleurs conçues pour ajouter la notion d’apprentissage et d’entraînement à l’objectif principal, de façon à renforcer les relations entre membres de l’OTAN et faciliter les déploiements futurs.

Les enjeux du futur
L’interarmées évolue avec les menaces. Le cyberespace, l’intelligence artificielle, l’espace extra-atmosphérique et la guerre informationnelle sont désormais des champs à part entière. On parle désormais d’approche « multidomaine » (multi-domain operations) pour intégrer toutes les dimensions, du champ terrestre aux réseaux numériques.
L’objectif reste le même : être capable de projeter une puissance militaire cohérente, flexible et adaptée, en mobilisant simultanément toutes les ressources disponibles. L’interarmées n’est pas seulement une méthode d’organisation, c’est une culture commune à entretenir et à développer.







